dimanche 14 juin 2009

Interaction des Tchadiens par rapport à la politique de leur pays

Au Tchad, depuis plus de vingt ans maintenant, les principales décisions et les choix essentiels concernant le fonctionnement du pays et très laborieuses ont été prises sans que, d’aucune manière, la population n’intervienne dans la définition et la modification de ces décisions et de ces choix imposés par ceux qui disposaient de la force les mettant en situation de croire qu’ils en avaient le droit ou le devoir.

Si cela est aujourd’hui de plus en plus reconnu et admis, il faut aller cependant plus loin : la logique profonde et essentielle de ce que le discours dominant nomme le processus démocratique Tchadien est une logique productrice d’un procès de dépossession et de domination. Et la conséquence de ce procès ne réside pas dans une mauvaise application d’un quelconque texte, fut-il jugé « déficit démocratique par certains », mais bien dans la production et la reproduction, au travers des conflits, des oppositions, des divisions, des ressemblances, des affinités, des stratégies, du système régionaliste d’exclusion de certains au profit des autres. Conséquences qui en renvoyant dialectiquement aux causes et aux effets, à leur tenants et leurs aboutissants, en un mot à la complexité de la dynamique sociale, peuvent permettre la saisie et l’intelligence des enjeux et des luttes autour de ceux-ci, donnant ainsi réalité, sens, vie et justifications aux existences sociales et leur interaction par rapport à la gestion politique du pays.

L’approche de la dépossession et de la domination que nous avons esquissée ci-haut sont les justificatifs pour certains de nos compatriotes de recourir à la violence armée, prétextant que « les agents, les groupes et les classes » n’ont pas accès de la même façon, dans les mêmes conditions et dans les mêmes positions à ces moyens. Et ceux-ci seront dorénavant, plus inaccessibles, moins appropriables qu’ils seront rares quand on opte pour la logique guerrière et qui plus est par le fait que le pouvoir de Ndjamena, par son rôle de garant des institutions s’est constitué une force armée dissuasive qui n’a d’égal dans toute la sous-région Afrique Centrale.

En réalité, les luttes politiques au Tchad, pas toutes bien entendu, sont en déphasage par rapport à l’éthique démocratique. Le politicien ne lutte pas pour son peuple mais plutôt pour sa personne, constant irréfragable fait par bon nombre d’observateur de la vie politique Tchadienne.

En ce sens, notre souhait est que les intellectuels, les cadres, les élites politiques, en un mot, tous ceux qui se disent engagés ou non de se raviser et d’opter pour la logique intellectuelle qui veut qu’on doit de facto et avant tout, bannir l’esprit de la révolte violente et de la désobéissance civile « dénuée de tout fondement objectif et citoyen ».

Nous ne pouvons pas faire abstraction du discours qui aujourd’hui au Tchad fait état d’une « crise », mais nous pouvons néanmoins dire aux différents acteurs de l’opposition armée que le peuple d’en bas n’a pas besoin d’un changement forgé dans la violence mais plutôt d’une stabilité et d’un développement économique qui pourront à la longue contribuer à sortir le pays du gouffre de la désolation. « Chers acteurs de la vie politique Tchadienne, garder pour vous vos prétentions inassouvies et laisser la population vivre paisiblement » telle est l’opinion du citoyen Tchadien qui est ni de loin, ni de près impliqué dans le déchirement politique violent que vit le Tchad aujourd’hui.

Dr. Ibni Oumar Mahamat Saleh disait : « la distribution inégale du droit ne trouve son origine et partant sa raison d’être et de perdurer que dans la distribution inégale du pouvoir politique ».

Nous faisons nôtre cette phrase ci-dessus et demandons à nos autorités de fixer l’équité et la justice sociale au centre de leurs préoccupations et de n’exclure aucune compétence de son droit légitime.

Encore faut-il préciser, et c’est là l’aspect important que nous avons tenu à souligner tout au long de notre analyse, que la distribution inégale du pouvoir ou d’avantages spécifiques, n’implique pas pour le Tchad l’existence d’une justification de la guerre mais plutôt l’existence d’un déficit gestionnel et structurel qui sera résoluble par des mécanismes démocratiques impliquant tous les acteurs de la société civile et non l’inverse.

Ceux qui ne détiennent rien et qui ne prétendent à rien, ou pas encore, sont ceux qui par définition ont été exclus du pouvoir de la détention et de la prétention. Les citoyens d’en bas n’ont pas eu, et n’ont toujours pas, les moyens structurels, ni les possibilités politiques d’opposer des choix, des moyens, des besoins et des fins qui sont ceux des dominants, les leurs propres ; d’opposer aux valeurs dominantes d’autres pratiques de pensée, d’expression et de vie. En réalité, ils n’ont nullement été les oubliés ou les laissés pour compte.

Ils sont ce sur quoi se bâtissent de plus en plus dans la culture des dominants, tous les critères « négatifs » qui permettent de justifier très ouvertement aujourd’hui au Tchad, les différences, les oppositions, les écarts, les divisions entre ceux dans une même ethnie qui possèdent une place et qui constamment se chargent de veiller à l’ordre des places et ceux qui partout et toujours subissent l’ordonnancement de la mise en place.

Ce dont il est question aujourd’hui au Tchad est bel est bien la mise hors-jeu de l’enjeu essentiel : la reconnaissance sociale d’un statut et la légitimité de la redistribution de la chose publique. Autrement dit, ce qui fondamentalement est en jeu, est bien l’appropriation de la part des portes paroles du pouvoir du monopole du sens. Monopole ne trouvant sa condition de réalisation qu’à partir du moment où il nie ou rend illégitime toute autre pratique proposant un autre sens.

Que toutes les élites Tchadiennes comprennent : Faute de se raviser, le Tchad court le danger de devenir un Etat paria. C’est ce que nous continuons de véhiculer à travers toutes nos contributions passées, présentes et futures. Le dérapage de l’expérience démocratique a dévoilé, de manière brutale, toutes ces tares, avec un système politique inopérant, une opposition habillée par l’hypocrisie politique et l’ingratitude par rapport à la population et un système économique obsolète. Toutes les tentatives de réformes sages bien évidemment de la vie politique et économique doivent voire inéluctablement le jour pour qu’en fin le pays aspirera au développement et à la paix sociale. La responsabilité de fond dans ces dérapages est partagée, puisque chacun des acteurs de la vie politique au Tchad à sa part de responsabilité dans l’état actuel des choses mais à des degrés divers bien sur.

Enfin, nous sommes loin ici d’une analyse sociologique exhaustive, complète. Encore moins s’agissait-il pour nous de nous livrer à un bilan, afin de diaboliser ou bien d’angéliser une partie sur une autre.

Ainsi, ceux qui ont choisi, jamais nous semble-t-il de façon neutre et désintéressée, de porter leurs analyses, sur la situation politique du Tchad ont participé, à leur manière mais d’une manière certaine à la compréhension d’un univers politique Tchadien très scabreux et en ont livré aux autres, les citoyens d’en bas une explication explicite de ce qui leur arrive de l’indépendance jusqu’à nos jours.

Mahmoud Ali Said.

E-mail : mahamoud888@hotmail.com

mardi 9 juin 2009

Le Gabon, exemple de stabilité en Afrique Centrale : Honneur et Hommage à Elhadj Omar Bongo Ondimba !

Depuis quelques semaines, des rumeurs couraient sur la disparition du Président de la République Gabonaise, feu Elhadj Omar Bongo Ondimba, juste au moment où la Présidence Gabonaise annonçait la suspension des audiences du Chef de l’Etat pour raison de veuvage ! Ce jour 8 juin 2009, après que les médias français aient annoncé la mort de l’homme un jour plus tôt, annonce démentie par le Premier Ministre Gabonais, M. Jean Eyeghé Ndong pour être confirmée quelques heures plus tard par le même premier ministre, la saga s’achève sur fond de supputations de lutte de succession au sein de la classe dirigeante gabonaise.

Pour avoir réussi à maintenir la stabilité dans son pays durant ses quarante une années de règne et pour toutes ses interventions réussies ou non en faveur de la paix dans la sous-région de l’Afrique centrale et particulièrement au Tchad, que feu Omar Bongo Ondimba considérait comme sa seconde patrie pour y avoir servi au sein de l’Armée de l’Air française avant les indépendances, nous devons lui exprimer reconnaissance éternelle. Espérons que la classe politique gabonaise, que le Président défunt aura formée et modelée durant toutes ces années, suive ses pas dans la recherche permanente de la paix dans leur propre pays et en Afrique centrale.

Par delà les ambitions personnelles, les dirigeants gabonais devraient pouvoir trouver en eux-mêmes non seulement le courage, mais surtout la force, de taire les dissensions pour ne regarder que leur pays, pour ne pas tomber dans les mêmes travers que les autres Etats dans la sous-région et sombrer dans une guerre civile aussi meurtrière qu’inutile. La sagesse, il faut l’espérer et le souhaiter ardemment, devrait prévaloir et laisser place aux compromis utiles pour maintenir le Gabon dans la paix et faire ainsi honneur à cet incontestable homme d’Etat, Omar Bongo Ondimba, qui aura donné tout son sens à ce mot « paix » qui, ailleurs, est recherchée désespérément, une réalité au Gabon où il sut jouer habilement du dosage interethnique dans la gestion des affaires publiques.

Le fait que l’état de droit prévaut dans toutes les structures gouvernementales et administratives du pays, au contraire de certains pays dans la sous-région où l’arbitraire tient le haut du pavé, doit renforcer les Gabonais dans leur conviction qu’ils sont une exception en Afrique centrale, un exemple envié, et les encourager à tout faire pour le rester.

Peuple du Gabon, quoique vous ayez eu à reprocher au défunt président de son vivant – et nous observateurs étrangers avec vous -- son départ de ce monde de la matière vous offre une opportunité pour corriger les déviances, s’il y en a eu, et prendre un nouveau départ vers encore plus de démocratie et de liberté sociale.

Sachez que les autres peuples vous admirent en Afrique centrale, non seulement pour vos immenses richesses, qui, utilisées judicieusement, permettront au pays de devenir le véritable Koweit de l’Afrique, mais aussi et surtout pour cette stabilité qu’Elhadj Omar Bongo Ondimba aura réussi à préserver. Faites honneur à la mémoire du Président Omar Bongo Ondimba en respectant la Constitution Gabonaise, véritable testament personnel du défunt.

Par ces quelques lignes, nous avons voulu rendre un hommage mérité au Grand Homme !

Que les dirigeants et le peuple du Gabon trouvent ici l’expression de nos condoléances les plus émues. Nos prières les accompagnent au moment où ils portent le deuil national.

Paix à l’âme du défunt, au Gabon et à toute l’Afrique Centrale !


L. Favitsou Boulandi

dimanche 5 avril 2009

Satire : Et si les Mahorais avaient raison ?

Lorsque l'archipel des Comores accède à l'indépendance, une des îles qui le compose, Mayotte, choisit le statut de "territoire français d'Outre-mer." Le nouvel Etat indépendant des Comores utilisera toutes les voies pour retrouver son île perdue, en vain! En effet, les résolutions des Nations Unies, de l'Organisation de l'Unité Africaine, puis de l'Union Africaine et de la Ligue Arabe n'ont pas aidé à ramener Mayotte dans le giron Comorien.

L'ile de Mayotte vient de renforcer davantage ses liens avec la France en choisissant, par référendum, de devenir "département français d'Outre-mer." Ce nouveau statut devrait permettre aux populations mahoraises de bénéficier de quelques subsides du Gouvernement Français qui, éventuellement, rendra leur quotidien moins difficile. Mais ce choix est encore décrié car il consacre le détachement de Mayotte de l'ensemble Comorien dont elle est pourtant partie intégrante.

Si nous analysons la situation des anciennes colonies françaises d'Afrique devenues "Etats indépendants," nous observons que la plupart des pays regressent économiquement et socialement. Certains se retrouvent sous la coupe de dictateurs féroces qui se croient indispensables tandis que d'autres connaissent une instabilité chronique. Dans les deux cas, le résultat est le même : les populations souffrent. Et puisque malgré l'indépendance supposée, la France reste toujours maitre du destin de ses anciennes colonies, on peut se poser la question de savoir si finalement, les Mahorais n'ont pas raison de choisir clairement de rester Français au lieu de vivre ce qu'on peut appeler "l'illusion de l'indépendance."

jeudi 17 avril 2008

Youssouf Saleh Abbas, 13ème Premier Ministre du Président Idriss Deby Itno, pourrait-il faire le miracle ?

Homme de culture, affable et ouvert, Youssouf Saleh Abbas dont nous avions entendu parler pour la première fois au début des années 1980 comme leader estudiantin, notamment en sa qualité de Président de l’Union Générale des Etudiants et Stagiaires Tchadiens (UGEST) et qui fut, tour à tour, directeur de la coopération internationale au Ministère des Affaires Etrangères, Directeur de Cabinet du Président du Gouvernement d’Union Nationale de Transition (GUNT), Goukouni Weddeye, Vice Président du Praesidium de la Conférence Nationale Souveraine, éphémère Directeur Général de l’ATETIP, opposant militant au sein du Mouvement pour le Développement et la Justice au Tchad (MDJT), exilé politique en France avant de se réconcilier avec le Président Idriss Deby pour devenir son Conseiller Diplomatique, jouit, à première vue, d’un préjugé favorable au moment où il prend le poste de Premier Ministre, Chef du Gouvernement.

Cependant, sa nomination intervient à un moment plus que trouble : les suites du siège de N’Djaména par la Coalition rebelle qui a laissé place aux restrictions aux libertés fondamentales et surtout, l’enlèvement et la chasse aux opposants et défenseurs des droits de l’homme. Si deux des leaders politiques enlevés le 3 février 2008, le Président Lol Mahamat Choua et l’Honorable Ngarlejy Yorongar Le Moiban, ont pu recouvrer la liberté, le Dr Ibni Oumar Mahamat Saleh, Porte-Parole de la Coordination des Partis pour la Défense de la Constitution (CPDC) reste un cas à élucider. Est-il vivant, si oui, pourquoi le Gouvernement ne le relâche-t-il pas ? Ou s’il n’est plus de ce monde, ne peut-on pas au moins rendre son corps à sa famille, lui qui a tant fait pour le Tchad en sa qualité, non seulement de chef de parti, mais surtout en tant que Ministre du Plan et de la Coopération ?

Ce trouble restera un lourd nuage au-dessus de la tête de Youssouf Saleh Abbas et pèsera sur son rôle d’animateur de l’action gouvernementale. Pour quelqu’un qui commande autant de respect, il aurait été mieux qu’il commence la mission à lui confiée dans une atmosphère moins polluée pour pouvoir jouer le rôle de conciliation dont le Tchad a actuellement besoin pour retrouver un semblant de tranquillité. Encore faudra-t-il que l’idée du Forum de tous les groupes signataires des accords de paix soit élargie aux composantes tchadiennes qui n’en font pas partie.

Sans trop y compter, on est même tenté de rêver les yeux ouverts qu’un tel forum débouche sur la réactualisation des recommandations de la Conférence Nationale afin d’amener enfin le Tchad vers la tranquillité si ce n’est la paix durable que tous les tchadiens appellent de leurs vœux, après une période transitoire.

Encore qu’au Tchad, les premiers ministres semblent n’être souvent que les premiers des ministres tant il est qu’il y a des super-ministres qui ne répondent que du Chef de l’Etat tandis que ceux qui sont sensés mettre en œuvre la politique du pays jouent les seconds rôles, confinés qu’ils sont à servir de fusibles. Pire, comme l’a écrit le frère Ramadji sur son site Ramadji.com, ce ne sont pas les premiers ministres qui posent problèmes ou qui sont incompétents, c’est la mauvaise gestion, la mal gouvernance et bien d’autres maux encore, tous attribuables à la tête du pays, qui empêchent que les Tchadiens se retrouvent, regardent vers l’avenir avec confiance. Les humiliations constantes dont les populations tchadiennes sont victimes ajoutent aussi de l’huile sur le feu et les multiples rebellions ne sont que le reflet de cette situation de pourrissement général.

Dans ces conditions, M. Youssouf Saleh Abbas pourrait-il être le Premier Ministre miracle qui aidera le Président Idriss Deby Itno à lutter contre lui-même pour s’élever à de nouvelles hauteurs, pour enfin jouer le rôle de Président de tous les Tchadiens sans distinction, sans discrimination en agissant uniquement dans l’intérêt du Tchad ? Wait and see.

dimanche 30 mars 2008

Les participants au débat inter-tchadien de Paris au chevet du Tchad

A l’initiative de l’Association Caring For Kaela (CFK), le débat inter-tchadien de Paris, ouvert le 29 Mars, s’est poursuivi jusqu’au 30 Mars à Paris où les participants, venus de différents horizons du monde, se sont penchés sur les divers maux à l’origine de la crise tchadienne depuis l’accession du pays à la souveraineté internationale.

Notre journal, qui suit avec intérêt le débat de Paris, a recueilli à la fin de la première séance de la journée du 29 Mars 2008 les propos du Dr Adoum Djimé, modérateur de la rencontre.

Il se réjouit du niveau des discussions, de l’apport individuel comme collectif des personnes présentes. Il le dit : « C’est vachement bien ! Ça a bien démarré, je suis satisfait de la qualité des personnalités venues à cette concertation qui est une première étape qui nous permettra d’avancer dans la recherche et la résolution du conflit au Tchad. »

A l’instar de toutes les concertations liées à la résolution des conflits et pour une PAIX, les participants au débat de Paris, ont procédé à l’identification, de façon méthodique, des causes profondes du conflit tchadien pour les cerner puis les regrouper en thèmes afin de circonscrire définitivement les principales revendications sociopolitiques des acteurs.

La journée du 30 Mars, qui tire les rideaux sur ce débat inter-tchadien, va permettre aux intervenants de faire des propositions concrètes qui seront soumises à l’appréciation des partenaires étrangers et à la communauté internationale pour qu’enfin des mesures urgentes et appropriées soient trouvées pour une résolution pacifique de la crise tchadienne qui s’éternise sans remèdes.

Par Makaila Nguebla
Tribunecoum

jeudi 27 mars 2008

Les Tchadiens veulent-ils vraiment la paix ?

La paix, tout le monde en parle, tout le monde y appelle, surtout dans un pays comme le Tchad où on peut compter, sur les doigts d’une seule main, les années réellement paisibles que le pays a connues depuis son indépendance nominale le 11 août 1960. De nombreuses négociations de paix, de nombreux accords ont été signés - qu’ils soient appelés accords de réconciliation ou de paix - l’objectif avoué a toujours été de ramener la tranquillité dans le pays. A chaque fois, cependant, un pan du pays est resté en dehors du processus. Les seules fois où toutes les parties tchadiennes se sont retrouvées pour parler de paix, le pays eut droit aux accords de Kano et Lagos. Mais les ambitions des uns et des autres ont rapidement replongé le Tchad dans l'instabilité au point que la guerre est devenue un fait quotidien dans le pays.

Près de 50 ans après cette indépendance octroyée, qui ne semble pas avoir été vraiment préparée en raison des retards d’éducation moderne que le territoire militaire du Tchad connaissait par rapport aux autres ex-colonies françaises, les tchadiens sont plus que jamais divisés voire atomisés. Dès que quelqu’un pose un geste, fait une proposition, annonce une initiative de paix, au lieu de chercher à savoir si tout le monde peut se retrouver pour pousser aux retrouvailles nationales, tout est mis en œuvre pour détruire le geste, la proposition ou l’initiative. Des esprits retors vous trouvent rapidement des noms d’oiseaux qui ne correspondent en rien à la réalité.

Tel semble être le penchant des tchadiens. On peut mettre cela sur l’ignorance ou, au mieux, sur le compte de la mauvaise foi lorsque certains pensent qu’ils doivent avoir le monopole de toute initiative, comme s’ils étaient plus tchadiens que les autres.

La proposition de débat inter-tchadien émanant d’une vraie amie du Tchad, l’organisation non gouvernementale Caring for Kaela, de faciliter une retrouvaille des tchadiens en France en vue de définir ensemble ce que les uns et les autres entendent par dialogue inclusif semble être tombée sous le coup de cette ignorance ou cette mauvaise foi qui caractérisent les milieux tchadiens. Certains ont vu derrière l’ONG leurs pires ennemis, d’autres encore se sont vus ravir on ne sait pas trop quoi et de supputations en supputations, on a vite fait de dénigrer un simple débat d’idée qui n’est en rien une nouvelle initiative de paix.

Ainsi, certains se sont organisés pour boycotter la rencontre alors qu’ils ont été informés des semaines avant la publication de l’annonce sur les objectifs simples de la rencontre. A cette allure, il faut se rendre à l’évidence que ceux qui parlent de paix ne la veulent pas nécessairement à moins que cela ne se fasse sous les conditions qu’ils auront posées ou sous leur coupe.

Que gagnerait le commun des tchadiens avec ce genre de positionnement alors que son quotidien est fait de misère et de lutte âpre pour la survie ? Pense-t-on vraiment aux populations tchadiennes qui ne demandent que le strict minimum pour survivre ? Que veulent ces tchadiens exilés en Europe et ailleurs qui ne semblent point comprendre le besoin de tranquillité de la grande majorité des tchadiens ?

vendredi 21 décembre 2007

Le Tchad serait-il donc déjà un Etat démocratique?

Dans sa réponse aux voeux du Comité Islamique à l'occasion de l'Eid al Adha (Tabaski), le Président Idriss Deby Itno dit : "Trop de liberté tue la liberté. Avec trop de libertés, nous retombons dans le désordre. Trop de démocratie détruit la société. Quand je dis que trop de liberté tue la liberté cela veut dire que, vous tuez la liberté de l’autre en exagérant de votre liberté. Le moment est venu pour que chacun reconnaisse le droit et travaille dans le respect de l’autre, dans le respect de la loi. Et qu’avec la démocratie dans cette limite permise, chacun travaille et s’exprime."

On serait tenté d'applaudir ces remarques du Président Tchadien, si seulement la démocratie avait pris racine au Tchad comme cette déclaration le fait croire. La réalité est tout autre. Le Tchad est un pays qui se cherche. Certes plus de 80 partis politiques sont enregistrés et légalisés mais comme le faisait remarquer il n'y a pas longtemps l'ancien Premier Ministre Alingué Bawoyeu, la plupart de ces partis sont dirigés par des tchadiens de la zone méridionale. Cette situation pose déjà un problème qui trouve son pendant dans le recours aux armes des compatriotes du Nord qui, eux, sont privés de cette liberté de créer des partis politiques qui pourraient concurrencer le Mouvement Patriotique du Salut.

Dans un tel contexte, peut-on parler de démocratie et de liberté? Certainement non et pour cause. La démocratie, si elle existe, doit être l'affaire de l'ensemble de la communauté nationale sans distinction. Il suffit de se référer à la définition de ce mot grec : "le pouvoir du peuple, par le peuple et pour le peuple." Si une partie du peuple est exclu du processus, on peut aisément conclure qu'il y a vice de forme.

Quant à la liberté, elle est un droit fondamental de l'homme. Evidemment, elle s'exerce dans le cadre de la loi et comme on le dit assez souvent, "ma liberté s'arrête là où commence celle des autres." Encore faudra-t-il que cette liberté soit respectée! Ce qui n'est pas souvent le cas au Tchad où certains tchadiens ont plus de droits que d'autres ou, en d'autres termes, certains se considèrent plus tchadiens que d'autres. Nous vivons cela tous les jours.

Si un journaliste écrit un article qui prête à caution, dans un pays normal, on n'envoie pas les policiers l'enlever de chez lui et on ne ferme pas son journal. Les règles démocratiques exigent que les personnes visées portent plainte et que le journaliste soit entendu selon la loi. En allant enlever le journaliste chez lui et en décidant de la fermeture de son hebdomadaire, les autorités donnent une fois encore la preuve que le Tchad est encore loin de la démocratie.

Par ailleurs, si les tchadiens de toutes conditions sociales étaient libres, si le Tchad était déjà une démocratie, les querelles ne déboucheraient certainement pas sur la lutte armée. C'est parce que les mécanismes de dialogue ne fonctionnent pas que les compatriotes sont obligés de recourir aux armes surtout que le système politique qui devrait permettre l'alternance des hommes à la direction du pays est bloqué. On constate, et c'est un constat et donc pas une critique, que le pouvoir d'Etat est confisqué au profit d'un homme.

Dans ces conditions, il y a lieu de faire un examen retrospectif pour prendre un nouveau départ. Sans une telle approche, la guerre civile que le Président Idriss Deby Itno dit vouloir éviter au pays en allant lui-même diriger les combats à l'est ne sera pas évitée. C'est en ayant cela à l'esprit que nous appelons au dialogue inclusif de paix.

Ce dialogue de paix devra être l'occasion pour les participants de dire pourquoi le Tchad ne connait pas de paix de plus de 40 ans. Une fois les causes identifiées et avec l'aide des organisations internationales et régionales et des pays amis, les tchadiens devront pouvoir penser autrement leur pays pour vivre, ensemble, dans la paix et la concorde nationales. Il ne s'agit pas là d'une simple vue de l'esprit. Les nombreuses voix qui s'élèvent pour appeler à ce dialogue ne sont pas que celles des opposants au Président Idriss Deby Itno et à son régime.

Dans ce chapitre, le message de Noël des évêques du Tchad pose très bien le problème et nous offre aussi des voies de solution. Nous devons non seulement prier pour la paix mais la vouloir au plus profond de nous-mêmes. Parler de paix en se donnant des baisers de Judas n'apportera pas la paix. Nous en avons suffisamment vécu des exemples pour le savoir.

Et lorsqu'on aime son pays, on doit être prêt à tous les sacrifices, non pas seulement en allant faire la guerre, mais aussi en prenant les décisions les plus courageuses, y compris l'abandon d'une partie des prérogatives présidentielles qui posent le problème de l'exercice abusif du pouvoir. C'est aussi cela l'abnégation et le renoncement de soi si c'est ce qu'il faut pour que le pays connaisse enfin une paix durable.