mardi 4 décembre 2007

Tchad : Succession de catastrophes.

Le Tchad connut sa plus grande sécheresse dans les années 1970. Nombreuses furent les victimes, notamment les populations du Sahel tchadien et plus particulièrement le bétail. Certains éleveurs nomades durent se convertir en agriculteurs sédentaires. Au milieu des années 1980, un nouveau cycle de sécheresse s’abattit à nouveau sur le pays. Depuis, les pluies sont devenues capricieuses. Bon an, mal an, des régions du pays connaissent des poches de disette, de fois carrément de famine.

Pendant cette même période, la guerre civile qui fut déclenchée suite à la révolte des Moubi de Mangalmé en 1966, suivie par l’entrée en rébellion des Toubous au Borkou- Ennedi-Tibesti connut une nouvelle flambée, surtout à partir de 1976 lorsque, dotée d’armes plus sophistiquées, les Forces Armées Populaires alors dirigées par M. Goukouni Weddeye prirent successivement la localité de Bardai et la grande palmeraie de Faya.

Trois ans plus tard, à la suite de divergences entre le Président Félix Malloum et son Premier Ministre Hissein Habré – qui avaient conclu une entente sous la médiation du Soudan et formé un Gouvernement d’Union Nationale (GUN) avec à l’appui une Charte Fondamentale définissant des pouvoirs ambigus entre les deux chefs de l’exécutif - la guerre engloutit la capitale Ndjaména. La destruction de la capitale sera totale lorsque les troupes fidèles au Président Goukouni Weddeye à qui le Général Malloum avait passé le pouvoir en juillet 1979 suite aux accords inter-tchadiens de Lagos durent s’affronter pendant neuf mois avec celles d’Hissein Habré, qui occupait le poste de Ministre de la Défense dans le Gouvernement d’Union Nationale de Transition (GUNT). Ce qui restait du GUNT ayant fait appel aux troupes libyennes, les Forces Armées du Nord furent contraintes à quitter la capitale en décembre 1980 pour revenir à l’assaut quelques mois plus tard, réussissant à renverser le GUNT le 7 juin 1982, malgré la présence des forces de l’Organisation de l’Unité Africaine dans le pays.

Huit ans plus tard, l’ancien chef d’état major général et ancien conseiller militaire d’Hissein Habré le renversa à son tour le 1er décembre 1990. Ses compagnons le portèrent à la tête de l’Etat et Idriss Deby Itno, puisqu’il s’agit de lui, promit aux tchadiens la démocratie. Le pays se mit à espérer. Des partis politiques se formèrent ainsi que des associations de la société civile. Les journaux indépendants font concurrence aux médias d’Etat. Mais la démocratie promise se transforma rapidement en multipartisme sans démocratie. Certes les partis existent. Une conférence nationale souveraine fut même convoquée qui débâtit pendant trois mois de l’avenir du pays en mettant en place un gouvernement qui devait préparer le pays aux élections libres et transparentes. Le Premier Ministre élu, Dr. Fidèle Moungar, sera déposé par le Conseil National de la Transition six mois plus tard. La transition aura vécu ! La constitution dont la conférence nationale avait donné les grandes lignes ne sera qu’une pâle copie de ce que les tchadiens attendaient. Elle fut néanmoins adoptée avec un article consacrant la limite des mandats présidentiels.

Entretemps, le pays assistait à des rébellions sporadiques : le Ouaddai et le sud du pays eurent leurs lots de massacres avant et après la transition, suite à la dissidence du Front National du Tchad au Ouaddai avec le Dr. Harris et du CNSPD au Sud avec le Lieutenant Ketté puis le Lieutenant Laoukein Bardé. Les élections qui eurent lieu en 1996 furent jugées libres et transparentes par les observateurs internationaux. Les résultats ne furent pas tout à fait ceux constatés dans les bureaux de vote. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, les partis politiques acceptèrent de contribuer à la gestion du pays dans le cadre de la « démocratie consensuelle et participative. » Cinq ans plus tard, le Président Deby eut droit à son deuxième mandat qui devait aussi être le dernier.

Entretemps, suite aux frustrations, le Ministre de la Défense, ancien Ministre de la Justice, Magistrat intègre s’il en fut, Monsieur Youssouf Togoimi entra en rébellion contre le régime et créa le Mouvement pour la Démocratie et la Justice au Tchad (MDJT) dans le massif du Tibesti. Des combats meurtriers opposèrent les troupes gouvernementales aux combattants du MDJT. Mais en mai 2002, sous la médiation de la Libye, Youssouf Togoimi accepta un accord de paix. Revenu sur le terrain pour expliquer l’accord aux combattants, il sera victime d’une mine qui semble avoir été posée à dessein sur son chemin. Evacué à Tripoli, il recouvrait plutôt bien et on s’attendait à sa sortie prochaine de l’hôpital mais en septembre 2002, les tchadiens furent abasourdis d’apprendre les nouvelles de son décès. A ce jour, les tchadiens attendent toujours que le Gouvernement Libyen rende sa dépouille à sa famille.

En novembre 2003, le Mouvement Patriotique du Salut tint son congrès à Ndjamena. A l’issue du congrès, il fut recommandé la modification de la constitution de mars 1996, notamment l’article relatif à la limitation du mandat présidentiel. L’ambassadeur du Tchad aux Etats-Unis, ancien collègue de lycée et compagnon de maquis du Président Deby, M. Ahmat Soubiane Hassaballah écrit une lettre à son ami lui suggérant de ne pas modifier la constitution comme le MPS l’y invite et de tenir ses promesses faites en 2001 dans ce sens. Comme toute réponse, Soubiane fut relevé de ses fonctions et une année plus tard, les portes de la résidence furent cassées sur lui par son remplaçant et il dut demander asile aux Etats-Unis.

Pendant ce temps, une rébellion Zaghawa venait de naitre au Soudan dont Idriss Deby était soupçonné d’être le géniteur. Les soudanais donnèrent à leur tour des moyens à certains dissidents tchadiens qui étaient sur leur territoire. D’abord le Rasemblement pour la Démocratie et la Liberté puis le Front Uni pour le Changement du Capitaine Mahamat Nour Abdelkerim qui parviendra même aux portes de Ndjamena en avril 2006, puis l’Union des Forces pour la Démocratie et le Développement du Général Mahamat Nouri, ancien Ministre de la Défense et ancien Ambassadeur du Tchad en Arabie Saoudite ; le Rassemblement des Forces pour le Changement de M. Timan Erdimi, ancien Directeur de Cabinet d’Idriss Deby ainsi que d’autres groupes tels la Concorde Nationale Tchadienne de Hassan Aldjineidi, le CAR du Dr. Albissaty, le FSR de l’Ambassadeur Soubiane, etc… et d’autres groupes armés n’ayant pas de lien connu avec le Soudan dont notamment celui du Colonel Adoum Yacoub Kougou, du Colonel Djibrine Dassert, du Colonel Mbailemal, de l’ADR de Younous Ibedou maintenant dirigé par le Commissaire Ehémir Néné, le MOSANAT, etc., etc., etc…

Certes, des accords furent signés à Tripoli entre le Gouvernement tchadien et le FUC et plus récemment à Syrte entre la CNT, l’UFDD, le RFC et l’UFDD/Fondamentale, mais ces accords qui promettent des postes dans le gouvernement aux signataires ne posent pas le problème fondamental, à savoir pourquoi les gens ont pris les armes contre le régime d’Idriss Deby Itno. Evidemment, tant qu’une réponse ne sera pas trouvée à cette interrogation, de nombreux accords peuvent être signés mais le Tchad ne connaitra pas la paix. Comme un malade, le mal du Tchad doit être diagnostiqué. C’est une fois le bon diagnostic posé que les solutions adéquates peuvent être proposées, acceptées et mises en œuvre. Autrement dit, la succession de catastrophes naturelles et dues à l’homme continuera si les tchadiens n’identifient pas les causes des différentes révoltes et ne se promettent d’éviter la répétition de ces causes.

Et pendant que les tchadiens se massacrent, le Lac Tchad se meurt et avec le lac, la population alentour qui devient de fait réfugiée écologique. Le projet de diversion des eaux de l’Oubangui vers le Chari pour prévenir l’assèchement total du Lac dans une dizaine d’années ne connaitra de début d’exécution que lorsque le Tchad retrouvera la paix.

Comme si toutes ces catastrophes ne suffisent pas, depuis quelques mois, le Tchad est le pays le plus chaud (chaleur climatique, s’entend) du continent. Comme un article humoristique sur le site Tchadactuel le faisait ressortir il y a quelques mois, le Tchad serait-il déjà en enfer ?

Chers compatriotes ! Méditons sur ces successions de massacres et de catastrophes ! Prions pour la paix et surtout, pour la concorde nationale !

Favitsou Boulandi (Peacenik)
fboulandi@gmail.com
http://boulandi.blogspot.com

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